Homélies de la semaine du 10 mai

du 10 au 16 mai

5e semaine du temps pascal

Dimanche 10 mai : Lectures

Homélie en texte (Jérôme Walewski)

Comme ils nous sont sympathiques ces deux apôtres, Thomas et Philippe. Leurs questionnements semblent rejoindre les nôtres dans leur simplicité. Ils ne veulent pas quitter le Christ, et en même temps ils souhaitent connaître le Père, mais ils ne savent pas très bien comment s’y prendre.

Thomas et Philippe sont encore attachés au Jésus terrestre, à celui qu’ils peuvent voir, toucher et suivre physiquement. Ils demandent à voir le Père de leurs yeux de chair. Et Jésus va leur demander non pas de voir, mais de croire. « Croyez que je suis dans le Père », « croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes ».
Le cœur de la nouvelle relation au Seigneur se situe là, dans l‘acte de croire. Acceptons-nous la révélation que Dieu fait de lui-même ?

La Passion, par laquelle le Christ donne sa propre vie pour sauver celle des hommes, et sa Résurrection, par laquelle aux hommes est promise la vie en abondance et en plénitude, constituent l’œuvre par excellence du Christ. À Thomas, à Philippe, comme à chaque homme de toutes les générations, la vie, la mort et la résurrection du Seigneur nous invitent à prendre le chemin de la Foi en Jésus.

Par leur adhésion au Seigneur, comme le dit Saint Pierre, les croyants sont appelés à reconsidérer leur manière de vivre. À effectuer des choix, notamment en faveur des plus petits, de ceux qui sont considérés comme inutiles. Des choix, donc, qui mettent à part de la mentalité ambiante. Ainsi s’opère, très concrètement, la séparation entre la foi et l’incroyance. Cet orgueil humain refuse la vérité de Dieu.

Comme le Christ, le croyant partagera cette croix. Il sait aussi qu’en choisissant la Foi et la manière de vivre qui en découle, il entre dans la nation sainte, le peuple destiné au salut.

Nous aussi, de la même façon que Thomas et Philippe, nous ne saisissons pas toujours tout. Ils nous arrivent souvent, au vu des évènements de notre vie, de questionner le Seigneur, « Seigneur, mais où es-tu ? ». Par le chemin de la Foi, nous accueillons la vérité de Dieu, qui nous mène à la vie en plénitude. Vraiment nous les aimons bien Thomas et Philippe, ils ne sont pas parfaits mais croyants.

Pourtant, être disciple du Christ ne nous fait pas entrer dans un monde irénique. Nous en avons un exemple dans les actes des apôtres. Dans cette première communauté de disciples, ils sont de plus en plus nombreux et certains tirent un peu trop la couverture à eux, semble-t-il. Cela provoque des tensions parmi les fidèles. On pourrait craindre l’implosion, la violence, la loi du plus fort.

Rien de tout cela, le principe surnaturel de la Foi les unit. Ils s’en remettent par la prière au Seigneur. L’Esprit Saint va souffler et ouvrir un nouveau chemin, le ministère des diacres. La fécondité apostolique de tous les Etienne, Philippe se développera bien au-delà de ce qui était initialement prévu. Cette communauté avait une Foi vivante, et c’est cela seul qui compte.

Des difficultés peuvent surgir dans toute assemblée. Néanmoins si elles sont animées par la Foi, et une attention réelle aux uns et aux autres, les épreuves les affermiront et leur rayonnement spirituel ira en s’accroissant.
De temps à autre, des pasteurs, ou responsables, sont amenés à nous quitter, nous pouvons en avoir le cœur bouleversé de tristesse, être désemparés, découragés. Regardons au-delà, vers l’avenir. Le Christ est notre rocher, celui sur lequel se fonde toute notre espérance. C’est Lui notre ami pour toujours. Remettons tout cela à Dieu dans la prière. L’Esprit Saint continue de souffler.

Jérôme Walewski, diacre

Homélie en vidéo

Luc Terlinden

Lundi 11 mai 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Dans le passage de ce jour des Actes des Apôtre, il y a un échange de regard entre cet infirme et Paul. Un regard où passe la confiance, la compréhension, peut-être même déjà une amitié. Un regard qui prend sa source dans l’écoute, dans le don de la Parole. « [Paul] vit qu’il avait la foi pour être sauvé ».  Cette reconnaissance mutuelle est du domaine de l’intime, entre deux hommes qui sont tout d’un coup sur la même longueur d’onde. Et l’incroyable se produit. La parole de l’un guérit la souffrance de l’autre. Et on passe de l’intime au spectaculaire.

Le spectacle attire la foule, qui ne voit que la manifestation exceptionnelle : un infirme qui marche. Elle n’a pas pu percevoir l’intime, cet échange précieux entre deux hommes. Et elle se trompe évidemment. Elle ne peut comprendre qu’en fonction de ses repères, de son histoire, de ses croyances. Elle veut répondre au spectaculaire par du spectaculaire : guirlandes et sacrifices de taureaux ! On voit d’ici tout le barnum.

« Nous sommes des hommes pareils à vous ». Paul et Barnabé affirment un point essentiel dans l’annonce de la bonne nouvelle : il n’y a pas de surhomme pour l’annonce de l’Évangile. L’Évangile est portée par des hommes et des femmes communs qui, par leur vie, témoignent du Christ. C’est dans l’être chrétien que l’Évangile se manifeste.

Dans le passage de Jean que nous avons lu, Jésus met bien en évidence le côté intime de la relation à Dieu. Jude est interloqué : le Christ ne serait pas venu pour le monde entier ? Le salut n’est-il pas apporté pour les foules ? Certes, l’Évangile s’adresse aux nations. Mais il passe d’abord par chacun d’entre nous. « (…) chez lui, nous nous ferons une demeure ». C’est en chacun de nous que ça se passe. L’accueil de la parole est une démarche intime. C’est un don qui se fait à notre liberté dans la foi.

Mais alors serions-nous une religion d’individus, avec chacun sa foi ? Absolument pas ! Car nous sommes rassemblés par les commandements. Les commandements du décalogue ou le commandement nouveau rendent la communauté possible. Ils nous relient les uns aux autres. Ils nous donnent la structure de notre vie sociale. Vivre les commandements, défendre les commandements, c’est donner un espace pour Dieu. Ce ne sont pas les commandements qui nous tiennent ; c’est nous qui tenons les commandements. C’est notre conviction que ces commandements sont essentiels pour le vivre ensemble qui leur permet d’exister.

Mais c’est l’intériorisation de ces commandements dans notre foi qui nous rend porteur de l’Évangile. C’est notre manière de vivre, notre « style » chrétien qui nous rend crédible. Nous devons éviter le piège de prendre les commandements comme un code à imposer. Nous devons éviter le piège du spectaculaire, de la belle liturgie déconnectée de la proximité bienfaisante du Christ. Nous sommes d’abord appelés à suivre le Christ en habitant le monde par l’hospitalité et la concordance avec nous-mêmes.

André Vanderstraeten, diacre

Mardi 12 mai 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie : Un départ source de confiance et de paix

À la fin du célèbre roman de Tolkien, Le Seigneur des anneaux, le hobbit Frodon, accompagné par Gandalf et les Elfes, est emporté par un bateau vers d’autres cieux. Après avoir combattu le mal et contribué à apporter la paix, il rejoint ainsi, pour toujours, une autre demeure. Pour les compagnons du hobbit, ce départ est une douleur. Mais il est aussi, comme l’exprime Frodon, une invitation à se replonger pleinement dans la vie quotidienne, confortés par le don de cette paix reçue.

Nous savons que Tolkien s’est inspiré de la Bible et de la foi chrétienne pour écrire son roman. Le départ de Frodon nous fait d’ailleurs penser à l’ascension que Jésus annonce dans l’évangile de ce jour. Jésus aura à combattre le prince du monde. Il sera livré aux forces du mal. Mais ce combat, d’envergure cosmique, débouchera sur le don de la paix. Ce don ne vient pas à la manière du monde, par la crainte ou par la force, mais dans la joie du Ressuscité montrant ses plaies après sa passion. Cette paix est fruit de l’amour de Jésus, qui aime le Père et nous aime jusqu’au don de sa vie.

Ce départ annoncé de Jésus est une invitation à recevoir nous aussi la paix, comme un don et non pas, à la manière du monde, comme un dû ou une chose à acquérir, à mériter. Ce don de la paix est multidimensionnel : paix avec Dieu, paix intérieure, paix dans la communauté, certitude que le chaos n’aura pas le dernier mot dans la création… pas même un virus minuscule ! Pour accueillir ce don, une condition : la foi. La paix de Pâques se reçoit dans la foi, elle ne se conquiert pas.

Lorsque je réalise que Jésus, par son départ et l’envoi de son Esprit, me fait don de la paix, je peux alors cesser de m’agiter, de m’angoisser, de me torturer face aux évènements et vivre même la douleur d’un départ comme une invitation à la confiance et à la paix. Partir fait partie de la vie et devient un appel à nous plonger plus pleinement dans la vie, comme acteurs de confiance et de paix. Lorsque, à la toute fin du très long roman de Tolkien, Sam, le fidèle ami de Frodon, retourne à la maison auprès de sa femme et de ses enfants après la douloureuse séparation avec son ami, il n’a que ces toutes simples paroles à la bouche : « Well, I’m back » – « Eh bien, je suis de retour. »

Luc Terlinden

Mercredi 13 mai 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus pour nous faire entrer dans le monde de Dieu, se sert d’images empruntées à la nature.  Il nous parle de la vigne, laquelle tout au long de l’histoire du salut, au sens métaphorique, représentait le peuple élu. Comme pour une vigne qui est plantée, soignée, protégée par son propriétaire mais aussi parfois abandonnée de lui par manque de bonnes récoltes, de même pour la relation de Dieu avec son peuple. « La vigne que tu as prise à l’Égypte, tu la replantes en chassant des nations (…) Dieu de l’univers reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force. La voici détruite, incendiée ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés. » En tout cas, la vigne comme l’image du peuple élu fait le sujet de nombreux textes de la Bible. Ce qui ressort en premier de tous ces textes, c’est le soin que prend le propriétaire de sa vigne, son attachement à celle-ci, et ensuite son attente pleine d’espérance d’une bonne récolte. Cette bonne récolte, l’abondance de fruits que Dieu attend de son peuple ne sont que les fruits de leur conversion dont saint Paul nous cite : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » La conversion c’est un chemin d’une nouvelle recréation de l’homme où l’homme adhère librement à son Créateur, où l’homme reconnaît Dieu comme celui qui par sa main puissante l’a planté et le protège.    

Quoi qu’il en soit, cet attachement plein de tendresse que Dieu manifeste à l’égard de son peuple, reste toujours au premier plan. De son cœur de Père, Dieu n’exclut personne.  Même quand Jésus dit dans l’évangile d’aujourd’hui que le Père enlève le sarment qui ne porte pas du fruit et on le jette au feu, il ne s’agit pas de personnes mais plutôt de choses en nous. Il y a, en nous, des comportements, des attitudes, des réactions qu’il faut « tailler » pour que nous puissions grandir. Dieu peut nous aider à le faire à condition que nous nous laissions irriguer par l’Esprit Saint, par sa grâce qui nous fait demeurer en Christ.  En effet, Jésus par sa venue dans le monde, a changé le rapport entre Dieu et l’homme qui n’est plus un vis-à-vis mais une habitation mutuelle : « moi en vous et vous en moi, comme moi, je suis dans mon Père. »  C’est cela qui nous garantit la vraie conversion, transformation à l’image du Christ, la vraie vigne. Demeurer en lui doit rester toujours la première préoccupation du chrétien.

Notre Baptême n’a été que le début de notre démarche de demeurer en Christ. Il nous a greffés sur le Christ pour que l’Esprit Saint, comme une sève, commence à circuler en nous. L’écoute de la Parole, la prière, la charité fraternelle, ouvrent davantage notre vie à l’Esprit qui la rend féconde.

Je ne sais pas si dans le passé, mais certainement actuellement, les qualités les plus appréciées d’une personne sont l’esprit d’indépendance, la créativité, l’esprit d’organisation et en finale la mesure de toute qualité : l’efficacité. Plus on est efficace plus on est apprécié donc plus utile pour la société. Être efficace signifie souvent vite, en peu de temps, avec peu de moyens et parfois avec peu d’effort, pour obtenir beaucoup.

Je ne pense pas que Jésus attend de nous une quelconque attitude d’efficacité qui viserait le bénéfice, même au plan spirituel. Les fruits que nous pouvons donner ne sont que les effets de notre union au Christ. Toutefois, ce qui est plus important au-delà des fruits probables c’est que nous restions unis au Christ.  « Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni l’homme ni la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ », nous rappelle Saint Paul.

Notre-Dame de Fatima | église Sainte-Croix, Ixelles | Photo V.F.
Notre-Dame de Fatima | église Sainte-Croix, Ixelles | Photo V.F.

En ce 13 mai nous pensons à la Vierge Marie de Fatima, celle qui par sa docilité à l’Esprit, par sa fidélité à sa parole a donné le plus beau fruit au monde : Jésus Christ. Demandons-lui de nous aider à être unis à son fils :

Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen

Pawel Slowik, scj

Jeudi 14 mai 2020 - Saint Matthias

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Aaah, l’amour !  Que serait l’être humain sans amour ?  « Sans amour, je ne suis qu’une cymbale, un tambour qui éclate et qui se tait » nous dit le chant.  L’amour est le thème central de tant d’œuvres artistiques de par le monde.  Quel sentiment plus merveilleux existe-t-il que celui qui habite nos cœurs quand on aime quelqu’un et quand on se sent aimé par quelqu’un ?  Ce sentiment nous envahit totalement et a le pouvoir de parfois nous submerger de bonheur en cas de succès ou nous accabler de désespoir en cas d’échec.  L’amour peut être si extrême qu’il peut être à la source d’actes prodigieusement sublimes ou d’actes cruellement abominables.  Cette période de confinement rappelle douloureusement surtout aux plus isolés d’entre nous combien l’être humain est un être relationnel qui ne peut se déployer totalement qu’en interaction avec d’autres êtres vivants et non dans la distanciation.  Les lectures de ce jour nous donnent quelques solides repères pour nous permettre de vivre notre besoin d’amour dans la Foi et d’en faire un outil bienfaisant plutôt qu’une arme destructrice pour ceux et celles que nous sommes amenés à croiser durant notre vie terrestre.

Dans l’évangile, Jésus nous donne déjà un repère dès les premiers versets : il convient de demeurer dans l’amour de Dieu en observant ses commandements.  Jésus énumère un peu plus loin un commandement qui constitue déjà un vaste et ambitieux programme : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.  Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime ».  La vie terrestre de Jésus a été l’exemple même de l’amour tel que souhaité par Dieu : Jésus était totalement tourné vers ses apôtres et vers tous ceux qu’Il rencontrait et qui le sollicitaient, Il était rempli d’amour et de miséricorde pour tous les plus fragiles et tous les petits ou grands pécheurs qui se sont présentés à Lui et Il est allé jusqu’à l’extrême, jusqu’à donner sa vie pour nous.  Même si nous ne sommes pas Jésus et évidemment pas tous appelés à nous tuer pour une autre personne, nous pouvons nous dessaisir de notre vie en mettant la personne aimée avant notre petite personne, en ne lui demandant pas d’être à notre service mais en nous mettant au contraire à son service.  Notre but ne doit pas être de rendre l’autre dépendant de nous, de l’utiliser pour nous mettre en valeur ou de nous rendre dépendant de lui mais bien de créer une relation de confiance où nous pourrons totalement nous confier l’un à l’autre et être résolument tourné l’un vers l’autre.  Il faut aimer en toute connaissance de cause, en toute liberté, par choix, sans aucune contrainte.

Nous savons que nous ne sommes pas parfaits et que nous avons bien du mal à toujours observer les commandements de Dieu.  Mais nous savons aussi que nous serons accueillis à bras ouverts par Dieu dès que nous nous retournerons vers Lui en faisant preuve de bonne volonté et de repentance.  Nous serons toujours invités à demeurer dans l’amour de Dieu qui nous aime tel que nous sommes, avec nos grandeurs et nos faiblesses.  À notre tour maintenant d’aimer l’autre tel qu’il ou elle est, avec ses qualités et ses défauts, et non tel que nous voudrions qu’il ou elle soit.  Aimer l’autre à travers les périodes fastes et heureuses mais aussi sombres et nébuleuses de nos existences respectives, aimer dans la durée et pas dans le zapping.  Ce n’est évidemment pas facile mais c’est ce qui va nous permettre d’être au plus près de Dieu, à l’instar de l’apôtre Matthias que nous fêtons aujourd’hui et dont nous parle la première lecture.  Un des critères qui a permis à saint Matthias de prendre la place de Judas et de rejoindre les autres apôtres est énoncé par Pierre : il est resté fidèle à Jésus « durant tout le temps où le Seigneur a marché à notre tête, à commencer par le baptême de Jean jusqu’au jour où Il nous a été enlevé ».  Matthias est resté jusqu’au bout, ne s’est pas découragé ni lassé. 

L'élection divine de Matthias
L’élection divine de Matthias

Je vois encore un ultime repère dans la première lecture : celui de la prière et du discernement qui a permis à Matthias d’être, tout comme Judas, « à la place qui est la sienne » et d’accomplir ce qui était prédit par David aux Psaumes 68 (69), 26 et 108 (109), 8.  N’hésitons pas à prier et à discerner pour trouver notre juste place dans nos relations, pour voir comment au mieux nous situer face à un choix ou une difficulté qui survient et pour correspondre le mieux à ce que Dieu désire pour nous.  Car, comme il est dit à la fin de l’évangile, n’oublions pas que Dieu nous a « choisis et institués ».  Et si Matthias a été élu au détriment de Joseph, c’est peut-être aussi parce que ce dernier avait besoin de rester dans l’ombre et de ne pas être exposé pour mettre au mieux ses pas dans ceux de Dieu.

L’évangile nous le dit : l’amour ainsi vécu entraînera beaucoup de joie et portera beaucoup de fruits qui vont demeurer jusque dans la vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés.  Car, comme le dit le chant bien connu d’après l’épitre aux Romains : « Rien, jamais ne nous séparera de l’amour [du Christ] ».

Olivier Dekoster

Vendredi 15 mai 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Assez curieusement, l’extrait de l’évangile de ce jour est un morceau de l’extrait de l’évangile d’hier. À quoi ont donc pensé ceux qui ont fait le calendrier liturgique ? Ou alors, ce ne serait pas un hasard … Mais alors, la clé est peut-être à chercher dans les autres lectures du jours. Qu’avons-nous ? Un passage des actes des Apôtres et un psaume ! Que nous disent-ils ?

Dans les actes des apôtres, nous voyons des communautés naissantes qui s’interrogent, qui se cherchent, qui débattent. Il y avait une religion bien établie, bien codifiée. Il y avait un Dieu qui, à travers tout l’ancien testament, dirige son peuple, un Dieu jaloux. Il y avait des textes qui donnaient des commandements, des rites, des règles, … Et puis boum ! Jésus arrive, remet en question les règles, montre le vrai visage de dieu qui manifeste sa miséricorde, qui pardonne, qui accueille, qui écoute, qui aime, qui donne sa vie pour nous. Alors, comment vivre sa religion après cela ? Quelles règles suivre ? On ne doit plus faire de sacrifice ! On peut manger ce qu’on veut ! On doit « juste » s’aimer les uns les autres comme il nous a aimé. Et comment on s’organise avec ça ?

Un coach d’entreprise dirait que les premiers chrétiens ont fait appel à « l’intelligence collective » ! C’est une méthode de gestion qui consiste à fonder les décisions collectives sur une mise en commun des points de vue. « L’échange libre et respectueux des positions des uns et des autres permet souvent l’élaboration, voire l’apparition ou l’émergence quelquefois surprenante, presque spontanée et relativement partagée, de nouveaux points de vue, de nouveaux sens, de nouvelles directions ou encore de solutions précédemment non perçues » (Alain Cardon, Comment devenir coach). C’est ensemble qu’ils essaient de construire leur vivre ensemble, pour inventer de « nouvelles directions ». Mais il y a un préalable absolu à ce type de démarche : se considérer les uns les autres comme fondamentalement égaux. Personne ne peut estimer son point de vue plus valable que celui de l’autre. Personne ne peut parler d’une position qu’il estime supérieure à celles des autres.

Et là, ça devient plus compliqué, parce que les autres… eh bien ce sont les autres. Ils ne sont pas toujours aussi géniaux que l’on aimerait. Et on se pense souvent plus compétent, plus intelligent, plus futé. « Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). Le Christ pose l’égalité absolue : il déclare ses disciples aussi compétents que lui. Tout ce qu’il sait, ses disciples le connaissent. Jésus choisit de faire confiance sans réserve à ses apôtres. Et à travers eux, c’est à nous que le Christ fait confiance. C’est nous que le Christ déclare compétents ; ce qu’il sait, nous le savons.

Alors moi, qui suis un homme « ordinaire », donc un pécheur bourré de défauts, je suis aussi compétent que le Christ ? Oui et non.

Oui, le Christ croit en moi. Il me fait confiance : « Autant que possible, la confiance c’est aussi cela : apprendre à accepter le monde et les autres comme imparfaits. Et la confiance lucide consiste à ne pas se mettre en position de dépendre et de souffrir de leurs imperfections. » (Christophe André, Imparfait, libres et heureux). Le Christ me sait imparfait et me laisse libre avec mes imperfections.

Non, seul, je ne sais pas grand-chose. Seul, je ne suis pas très compétent. « Les Apôtres et les anciens décidèrent avec toute l’Eglise » (Ac 15, 22). C’est quand nous sommes ensemble, avec l’Esprit, que nous sommes « compétents », que nous sommes certains de porter le message du Christ. « L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidés … » (Ac 15, 28). Dans ce passage, on voit combien il est de notre devoir, de notre ministère commun, de dialoguer et de nous en remettre à l’Esprit. Quand nous agissons ainsi, nous sommes comme Moïse : « Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (Ex 33, 11).

Et ne nous inquiétons pas trop de nos errements ou de nos erreurs. Comme le disait si bien Hervé Lauwick : « Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même ». Dieu nous aime comme nous sommes : « Ton amour est plus grand que les cieux, ta vérité, plus haute que les nues », nous dit le psalmiste. Sa fidélité et son amour pour nous dépasse notre intelligence, pour que nous soyons libres d’être nous-mêmes, et de chercher à travers nos errances le chemin de sa vérité.

André Vanderstraeten, diacre dans l’UP Sainte-Croix

Samedi 16 mai 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Cette page d’évangile s’ouvre par une déclaration de Jésus faite à ses disciples : « si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. » Le mot « le monde » dans la Bible a plusieurs significations. Tout d’abord, il désigne l’univers créé par Dieu, habité par le Verbe incarné.  Le mot désigne le lieu où vivent les hommes en contraste avec le monde de Dieu et Dieu lui-même. Le mot est employé encore pour parler du lieu où se fait la rédemption : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique ». Le « monde » signifie enfin l’humanité en ce qu’elle s’oppose au Christ et à Dieu : le monde « me hait parce que je témoigne que ses œuvres sont mauvaises. » Selon Saint Jean, le monde actuel est mauvais, puisqu’il est structuré par les péchés et même s’il témoigne encore de son Créateur il s’oppose à lui, par son esprit, sa sagesse, sa paix : il ne connaît ni Dieu ni Jésus, il les a en haine.  

Au moment où Saint Jean écrit ces lignes, l’Église traverse une période de persécutions qui mettent sa foi à l’épreuve. Pour l’encourager à persévérer dans la foi, il rappelle donc aux communautés chrétiennes les paroles de Jésus où il leur explique qu’à leur tour eux aussi, ils seront haïs comme lui. Qu’ils ne s’étonnent donc pas de subir des persécutions, car ils appartiennent à lui et non au monde. Le simple fait que le chrétien consente à l’appel du Christ, et en devient effectivement le signe, suffit pour qu’il soit haï. Il faut souligner que le chrétien ne choisit pas d’être haï mais c’est une conséquence de se mettre à la suite du Christ. Le monde se permet de haïr les chrétiens puisqu’il n’accepte pas le Dieu d’amour. C’est la non-reconnaissance de Dieu d’amour.  Jésus nous dit à la fin de ce passage que nous serons persécutés à cause de son nom.  Le nom de Jésus signifie « Dieu sauve » et c’est ici où se trouve le déclencheur d’hostilité.  Le monde veut se sauver par lui-même, il met sa confiance en lui-même, par contre le disciple du Christ, fort de sa foi et sûr de l’amour de Dieu, est sauvé par Dieu. Dieu est pour eux la seule confiance. 

L’Église s’est toujours souciée de s’ouvrir au monde, même plus, d’aller vers le monde, vers ses périphéries, mais ce n’est pas pour s’identifier au monde. En se mettant à l’écoute, l’Église peut bien évidemment apprendre aussi quelque chose du monde, comme par exemple la réflexion humaine, l’art, le savoir-faire. Il n’empêche que depuis ses origines, l’Église est convaincue d’avoir un message pour le monde, que le monde ignore : l’amour du Christ. Saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens affirme que l’amour du Christ dépasse toute connaissance : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. (…) Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ»

Cette page d’évangile reste très actuelle face à la recrudescence des actes de violence contre les chrétiens. 245 millions de chrétiens sont persécutés dans le monde en raison de leur foi. Au Pakistan, les images de milliers de manifestants réclamant la mort d’Asia Bibi, la chrétienne accusée de blasphème, ont rappelé les menaces qui pèsent sur certaines communautés chrétiennes. En 2019, les chiffres des persécutions, sont effrayants : 245 millions de chrétiens persécutés dans le monde soit un fidèle sur neuf. Parmi eux, 4 305 ont été tués pour leur foi, et 3 150 sont emprisonnés.

Seigneur, pardonne-moi de trop ressembler au monde, et de ne pas te ressembler assez.

Pawel Slowik, scj

Célébration de ce dimanche

Dernière mise à jour : 18/5/2020