Homélies de cette semaine

du 31 mai au 6 juin

9e semaine du temps ordinaire

Dimanche 31 mai - Pentecôte

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Ab. Luc Terlinden

Lundi 1er juin 2020 - Sainte Marie, mère de l'Église

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Aujourd’hui, en la fête de sainte Marie Mère de l’Eglise, c’est sainte Thérèse de Lisieux, si petite mais aussi docteur de l’Eglise, qui fait l’homélie !

« Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet.

J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie.

Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents.

Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment-là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? « Un glaive de douleur transpercera votre âme » avait dit le vieillard. Ce n’était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c’était une prédiction générale pour l’avenir.

Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Évangile où nous lisons : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » Et cette autre, non moins mystérieuse : « Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. » Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ?

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus.

C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : « Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! »

Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, qu’elle était exempte de la tache originelle, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu’elle n’a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle ! »

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Paroles recueillies par Mère Agnès le 21 août 1897.

Mardi 2 juin 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

À peine sortis du temps pascal, la fin de la deuxième lettre de saint Pierre nous donne le ton pour continuer à avancer sur la même lancée, dans ce long temps qualifié d’ordinaire, temps de croissance, temps de maturation progressive de notre vie chrétienne, temps de fidélité avec le Seigneur.

Poursuivant la mission d’enseignement du Christ, saint Pierre nous invite à faire de notre mieux pour éviter le péché, c’est-à-dire pour éviter de s’éloigner de l’amour de Dieu, afin de continuer à coopérer à l’œuvre du Seigneur. D’une part sans abandonner « l’attitude de fermeté qui est la vôtre », dit saint Pierre à ses destinataires. Oui, il s’agit de se tenir fermement à ce refus du péché, à cette mission que nous recevons de Dieu par le fait que nous sommes incorporés au Christ. Mais d’autre part, l’apôtre rappelle que « la longue patience de notre Seigneur, c’est votre salut », juste après son invitation à tout faire « dans la paix » c’est-à-dire dans la présence de Dieu, dans le Christ présent par son Esprit.

L’attitude fondamentale du baptisé, ce n’est pas l’action volontariste qui ferait croire que c’est par nous-mêmes et notre œuvre fermement accomplie que nous parvenons à gagner le ciel, mais c’est l’ouverture et la croissance « dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ ». Volonté profonde et active d’accueillir Dieu dans toutes les dimensions de notre vie, refusant fermement ce qui nous en éloigne, acceptant qu’il nous relève patiemment et fidèlement quand nous tombons après avoir pris un mauvais chemin, recevant de lui le salut. Disponibilité à Dieu, à sa bienfaisante présence, à son Esprit-Saint de Pentecôte qui œuvre alors par nous, humble coopérateurs à l’œuvre divine.

Dans ce temps de progression, continuons de nous laisser convertir au Christ, en disciples, membres de son Corps !

Ab. Bruno Druenne

Mercredi 3 juin 2020 - Saint Charles Lwanga

Jeudi 4 juin 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

« Ta Parole, Seigneur, est vérité et ta Loi délivrance ! ».  Cette acclamation parfois reprise dans nos célébrations eucharistiques résume bien les lectures de ce jour.  Saint Paul nous proclame en effet dans la première lecture qu’« on n’enchaîne pas la parole de Dieu » et qu’« elle est digne de foi ».  Cette dernière affirmation se retrouve même cinq fois dans les épitres de l’apôtre Paul à Timothée et à Tite.  Nous sommes donc invités à sa suite à partager cette Parole, à la diffuser, « à tracer tout droit le chemin de la parole de vérité » mais aussi à la méditer, à se l’approprier, à centrer notre vie sur elle.  Le Concile Vatican II a franchi un grand pas en la matière en ne réservant plus cette Parole aux prêtres et aux élites très peu nombreuses qui maîtrisaient le latin mais, grâce à l’emploi des langues vernaculaires, en permettant à tout un chacun de comprendre les lectures de la messe et les homélies du prêtre célébrant.  Nous pouvons donc chacun nous arrêter face à un texte de la Bible et nous demander ce qu’il peut nous apporter, ce que nous pouvons en retirer, ce qu’il veut nous dire personnellement aujourd’hui.  Quelle belle richesse et quelle grande opportunité pour nous tous !  Nous avons pu peut-être davantage expérimenter cela durant ce temps de confinement où nous avons été privés des célébrations eucharistiques et où nous avons été confrontés du coup à la Parole seule, au « texte brut », sans tout l’environnement et les rituels de proclamation et de consécration.  Et si nous étions invités à poursuivre cette expérience dans les prochaines semaines quand nous aurons la chance de participer à nouveau à l’eucharistie ?  Nous pourrons alors nous nourrir de l’homélie du prêtre et en poursuivre la réflexion chez nous à la maison, en découvrant les fruits que les lectures ont semé en nous et que nous sommes amenés à cultiver et en vivant ainsi de manière concrète du Corps et du Sang du Christ que nous y aurons reçus.  Nous serons dès lors des chrétiens acteurs et non plus des simples chrétiens consommateurs.

L’enjeu est bien sûr que nous vivions de cette Parole, qu’elle ne reste pas lettre morte en nos vies.  Nous devons nous efforcer de la rendre vivante par l’exemple de nos actes concrets dans notre vie de tous les jours.  Ce n’est bien sûr pas du tout toujours évident pour les pauvres pécheurs que nous sommes.  Mais nous avons cette certitude à propos du Christ Jésus reprise par saint Paul au verset 13 qui rompt le parallélisme observé aux versets 11 et 12 : « si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole car il ne peut se rejeter lui-même ».  Notre logique humaine se brise à l’amour de Jésus Sauveur qui va demeurer fidèle à nous par-delà notre péché.  Notre faute n’a pas le dernier mot, l’amour et la miséricorde du Seigneur pour chacun de nous sont infinis si nous ne le rejetons pas.

Jésus reprochait justement souvent aux scribes et aux pharisiens de son temps de « s’enchaîner à la parole de Dieu », de la connaître parfaitement de manière théorique mais de ne pas la mettre en pratique, de ne pas en vivre de manière concrète.  L’évangile de ce jour est le seul des évangiles synoptiques où Jésus félicite un scribe, en contraste avec tous les autres récits où c’est toujours la controverse et l’opposition qui sont de mise, à l’instar du discours très dur de Jésus aux versets 38 à 40 juste après.  Le scribe nomme ici Jésus « Maître » et le rejoint dans ce commandement si fondamental pour nous, chrétiens : notre amour envers le Seigneur et sa Parole va de pair avec notre amour pour notre prochain.  Notre prochain, quel qu’il soit, est à l’image de Dieu et nous avons donc à l’aimer, à tenter de trouver cette présence de Dieu en lui. 

C’est donc en ne restant pas hypnotisé et prostré dans notre Bible mais en la rendant vivante au cours de notre vie humaine, en nous efforçant d’agir fidèlement à Dieu, en nous tournant vers notre prochain et en essayant de l’aimer tel qu’il est que nous pourrons, à l’invitation de Paul, nous efforcer de nous « présenter devant Dieu comme quelqu’un qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n’a pas à rougir de ce qu’il a fait » et ne serons comme le scribe « pas loin du royaume de Dieu ».     

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Vendredi 5 juin 2020 - Saint Boniface de Mayence

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

Encore une fois, nous voyons Jésus en opposition avec les scribes. Il est dans le Temple, ce lieu saint entre tous. C’est ici qu’officient les prêtres. C’est là que les scribes lisent et commentent les Livres. Les juifs de l’époque sont comme nous aujourd’hui. Ils lisent les écritures et, à travers elles, ils tentent de comprendre Dieu, ses volontés, ses attentes à notre égard, son dessin.

Jésus connaît les écritures. Mais il connaît aussi les dessins de son Père. Confirmé par son baptême dans le Jourdain, il vit une proximité exceptionnelle avec Dieu. Les écritures ont pour lui une clarté qui échappe à ceux qui l’entourent. Alors, Jésus essaie de faire la lumière, y compris pour les scribes. Ceux-ci restent coincés dans leurs raisonnements. Mais pas toujours. Avec certains d’entre eux, ça passe. Ainsi, le passage qui précède celui de ce jour, dans l’évangile de Marc, raconte la discussion fructueuse entre Jésus et un scribe sur « le premier de tous les commandements ». C’est une recherche intéressante, car il y a quand même 613 commandements dans la Bible. Se mettre d’accord sur le premier de tous, ce n’est pas rien. Du coup, ils se mettent d’accord sur deux : « … Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Marc 12, 29-31).

Mais ces discussions ne sont pas toujours aussi profitables. Et Jésus craint le comportement des scribes qui pourraient blesser ses contemporains, ou les détourner de Dieu. Jésus n’adhère pas à des discussions compliquées, inaccessibles à la population, à tous ces croyants qui viennent au Temple et qui ne comprennent rien à ce qui se dit. Jésus veut parler aux humbles, aux « petits », aux pauvres, aux exclus. Il parle à ceux qui ne savent ni lire ni écrire et dont la vie est fragile. Il s’adresse à ceux dont la foi dépend de ce qu’on veut leur faire croire. Jésus veut faire voir Dieu !

Thimothy Racliffe, grand maître des Dominicains de 1992 à 2001, souligne au début de son livre Pourquoi donc être chrétien ?, l’importance du discours que l’on proclame, de nos mots. « Mais Thomas d’Aquin, un dominicain du XIIIe siècle, précisait que notre foi n’a pas pour objet les mots eux-mêmes mais ce vers quoi les mots orientent, notre Dieu qui est au-delà de mots »¹. Le danger de nous complaire dans les mots est réel. « Saint Antoine de Padoue, prédicateur franciscain du XIIIe siècle, se plaignait de ce que l’église de son temps était “boursouflée de mots”. Les choses n’ont guère changé »².

« Jésus parlait avec autorité, non comme les scribes (…) ; son autorité devait résider dans sa liberté et sa joie manifestes. Sa parole frappait, parce qu’elle correspondait à une vie qui était frappante, lui qui allait vers les étrangers, qui mangeait avec les prostituées et n’avait peur de personne »³. Et il n’a pas peur de mettre les scribes au défi en les provoquant sur une prophétie bien établie dans le judaïsme de son temps : le Christ sera un fils de David. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Mais qu’importe ! Faut-il vraiment se préoccuper de ce genre de chose ? Qu’apporte-t-elle dans notre compréhension de Dieu ? Qu’apporte-t-elle pour nous aider dans notre relation à Dieu ?

Concentrons-nous sur le Christ, sur le message qu’il nous donne, sur l’exemple qu’il nous montre. Et sur ce qu’il nous fait voir : quelle que soit les ascendances ou les descendance, Dieu habitait dans l’Homme.

André Vanderstraeten, diacre

[1] Timothy Radcliffe, Pourquoi donc être chrétien ?,  Flammarion, 2010, p.12
[2] Op. cit., p.13
[3] Op. cit., p 10-11

Samedi 6 juin 2020

L’évangile en audio (par Prions en Église)

Homélie

De nos jours, on n’échappe pas au règne des apparences qui sévit avec excès dans la société. Souvent les apparences mettent sous influences des personnes et les empêchent d’être elles-mêmes. L’apparence a toujours revêtu une grande importance dans notre société. On a besoin d’être apprécié, d’être aimé des autres. Mais si « l’habit ne fait pas le moine », comme le dit la citation, et que les apparences sont trompeuses, sommes-nous capables de vivre authentiquement notre foi ?

Il est rare d’entendre Jésus appeler ses disciples à se méfier de quelqu’un. Mais ici l’enjeu est de taille puisqu’il s’agit du comportement des responsables religieux. Dans un proche avenir les apôtres à leur tour deviendront eux aussi des responsables de communautés et notamment ils prendront en charge l’enseignement des Écritures Saintes, ils deviendront en quelque sorte des scribes au service « du royaume des Cieux » (Mt 13,52). À l’époque de Jésus les scribes sont des spécialistes et des interprètes des Écritures. Vers l’âge de 40 ans, on était ordonné scribe, ce qui conférait autorité dans les décisions juridiques, surtout au sanhédrin où le scribe siégeait de droit. Ni Jésus ni ses apôtres n’ont reçu cette savante formation.

En montrant à ses disciples « l’exemple » des scribes, Jésus veut les avertir sur des dérives d’une autorité qui ne cherche que les honneurs et les privilèges et qui par conséquent rend la foi tronquée. Ce « modèle » de scribe, « modèle » de croyant de l’évangile d’aujourd’hui, nous guette tous, car la tentation est grande : envie de paraître plutôt qu’être. « Rares sont les êtres qui ne cherchent pas à paraître » (Jean Guitton). Ce modèle de scribe nous habite tous et il défigure la foi. Dans quelle mesure ? Dans la mesure où l’homme s’éloigne de son point d’intérêt : plaire uniquement à Dieu et vivre en présence de lui, sous son regard. Si on oublie cela, tout : la prière, la charité, le savoir… tout risque de devenir l’occasion pour combler notre besoin d’être apprécié, d’être aimé des autres et enfin de satisfaire notre ego. Au fur et à mesure, il se creusera un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous apparaissons, entre notre foi et notre vie : « ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières… »

Par contre, l’exemple de la veuve nous révèle une attitude fondamentalement différente de celle du scribe, elle témoigne d’une foi sincère et profonde et d’une vraie vie. On parle de la foi sincère et profonde non parce que nous avons eu quelques moments forts en émotion au cours d’une adoration, quelques pensées pieuses, quelques engagements en faveur des pauvres mais lorsque la foi touche notre existence : notre pauvreté, notre indigence, notre vie tout court. La veuve « a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Son geste reflète son être intérieur, elle est ce qu’elle paraît et elle est vraie avec elle-même. Quand la foi se vit à partir de notre existence, de nos réalités, même parfois douloureuses, sous le regard miséricordieux de Dieu, à ce moment-là nos gestes extérieurs n’apparaîtront plus comme des apparats mais comme le témoignage de notre être. C’est ainsi que nous retrouverons la cohérence entre notre être et notre paraître, et ainsi la foi sincère et profonde nous habitera.

Elle a tout donné. Tout ce qu’elle avait pour vivre. N’oublions pas que notre veuve restera à tout jamais l’image de Dieu qui s’offre à nous, qui se donne à nous jusqu’à la mort et la mort sur la croix.

p. Paul Slowik

 

Célébration complète de ce dimanche

Dernière mise à jour : 6/6/2020