L’église Saint-Adrien.

Généralités et architecture

Construite en béton entièrement paré de briques, l’église Saint-Adrien fut bâtie non loin de la chapelle éponyme existant depuis le XVe siècle. Le chantier commença en 1938 et fut confié à l’architecte Auguste Vanden Nieuwenborg. Il bénéficia du soutien du baron Evence Coppée, président de la fabrique d’église.    Le 26 juin 1938, Ernest Joseph Van Roey, cardinal archevêque de Malines, procéda à la pose de la première pierre de l’église Saint-Adrien, en présence des deux bourgmestres concernés, Eugène Flagey et Adolphe Max.   Les deux conseils communaux d’Ixelles et de Bruxelles avaient approuvé le projet de construction C’était un challenge pour la paroisse de l’époque qui ne disposait d’aucun patrimoine, et la décision fut cependant prise à l’unanimité du conseil de fabrique d’église.   Le sanctuaire, consacré le 18 mai 1941, prit alors la relève de l’ancienne chapelle, désaffectée et sauvegardée de la démolition en 1927 par une intervention de la Commission royale des Monuments et des Sites.

Construite au lieu-dit « Achterkipkenbosch » d’après le plan de l’architecte, l’église Saint-Adrien compte parmi les plus réussis des édifices religieux inspirés par le mouvement (style) Art déco, tels la basilique nationale du Sacré-Coeur à Koekelberg, l’église de l’Altitude Cent et l’église Saint-Jean-Baptiste à Molenbeek-Saint-Jean.

Guersch Koutchouk était un ingénieur brillant qui a travaillé pour la société ixelloise qui a construit l’église Saint Adrien entre
1938 et 1941. Il s’était installé avec son épouse en 1936 au rez-de-chaussée du n° 80 av. de Visé. Il fut arrêté par les nazis, puis détenu dans le camp de concentration d'Auschwitz, il  échappe aux chambres à gaz de l’usine d’extermination et survit jusqu’à l’évacuation du camp début janvier 1945. Pendant la marche de la mort, Il est assassiné, abattu par un garde SS.

Télécharger : l'histoire de l'ingénieur Guersch Koutchouk

  • L’architecte Vanden Nieuwenborg a conçu une église massive, marquée par une puissante tour-clocher se trouvant au centre de la façade principale, ainsi que par l’équilibre de ses volumes latéraux. Le matériau de revêtement est la brique de type « klampsteen », à l’origine gris-rose à l’extérieur et jaune sable pour l’intérieur (piliers comme voûtes).
  • L’inspiration renvoie notamment à certaines églises-halles du nord de l’Europe et à des sanctuaires existant déjà à la période romane dans les régions mosane et rhénane. Le portail central s’inscrit dans un renfoncement marqué qui, en se prolongeant, souligne l’élan vertical du clocher. Des arcatures en briques, adaptation des bandes lombardes romanes, soulignent habilement toutes les ouvertures de l’édifice. Au dehors, l’architecte a animé le revêtement de croix (toutes les formes de croix y sont), de chevrons et de frises et joué avec subtilité des divers portails, niches et baies, parfois factices. Ce sont les reliefs et les jeux d’ombre et de lumière qui rehaussent l’aspect décoratif.
  • Les volumes intérieurs clairement définis s’articulent autour de la nef centrale.

Auguste Vanden Nieuwenborg apporta tous ses soins à la décoration intérieure : chaire de vérité et dallage de marbre noir wallon rehaussé de terre cuite dans le chœur (cette terre cuite évoque les coulées dans les hauts fourneaux), banc de communion et chaire de vérité dans le même marbre,  garde-corps de la tribune d’orgue,  grilles en fer forgé des chapelles et des confessionnaux. Les lustres dont il avait dessiné le modèle ont retrouvé récemment leur place et leur éclat primitifs: lors de la consécration de l’église en pleine guerre, l’éclairage avait été réduit et simplifié pour des raisons compréhensibles d’occultation.

La Chaire de vérité

La chaire de Vérité est en marbre noir dans un style Art déco d’une grande et belle sobriété.   Elle est décorée de symboles courants dans l’iconographie chrétienne, axés sur l’écriture et la tradition:

LE TETRAMORPHE (ou les 4 Vivants): Un aigle, un lion, un taureau et un homme: on les identifie généralement aux quatre évangélistes.    
Saint Jérôme (348-420) donne l’explication de ce choix :

L’Homme:  a été attribué à Matthieu parce qu’il commence son évangile par une généalogie humaine de Jésus (Mt 1,1-17).

Le Lion  a été attribué à Marc parce que dès les premières lignes de son récit il évoque «la voix qui crie dans le désert», qui ne peut être que le rugissement du lion. (Mc 1,3).

Le Taureau animal sacrificiel par excellence, est attribué à Luc à cause du récit du sacrifice offert au temple de Jérusalem par Zacharie, au début de son évangile (Lc 1,5).

L’Aigle  représente Jean parce que cet évangéliste atteint les sommets de la doctrine comme l’aigle atteint les sommets des montagnes.

On trouve également ces figures dans la Bible: 

Dans l’Ancien Testament, elles sont décrites dans la vision du prophète Ezéchiel (Ez 1,5-11). Dans cette vision, chaque vivant a 4 visages: d’homme, de lion, de taureau, de vautour.

Dans le Nouveau Testament, l’Apocalypse de Jean les décrit ainsi: «le Vivant, le premier est semblable à un lion, le deuxième est semblable à un taurillon, le troisième Vivant a la face d’un homme, le quatrième est semblable à un aigle» (Ap 4,7 trad. A. Chouraqui).

L’AIGLE et L’AGNEAU

  • Sur le haut de la face avant de la chaire (côté assemblée) se dresse un oiseau: un aigle, symbole souvent utilisé comme support de livre (ambon, lutrin) dans les églises chrétiennes. L’aigle est toujours présent dans les cathédrales, mais rarement dans les églises. Celui de Saint-Adrien enserre dans ses pattes l’écusson du baron Coppée, mécène de l’église.
  • Sur la face arrière se trouve «l’Agneau Mystique». L’agneau, image du Christ rédempteur, sacrifié mais vivant, est représenté debout sur une colline, d’où jaillissent des sources d’eau vive. Apocalypse de Jean 7,17: «Car l’Agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la Vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux».

Les vitraux de DANIELI

Danieli, née en 1934 et décédée en 1982, était avant tout artiste peintre. Une partie de son œuvre est exposée au musée qui porte son nom rue Edgard Sohie 41 à 1560  Hoeilaart.  Par ailleurs, Danieli nous a légué également des poèmes qui furent publiés en 1986 dans le recueil « Disciple de la nuit », édité par Jacques Antoine dans la collection Odeur du Temps.

Danieli est aussi la créatrice, notamment de tapisseries et des vitraux de l’église Saint-Adrien et de la Chapelle d’Evere. Elle a créé les cartons de ses vitraux mais les a également réalisés. Elle a travaillé la technique du vitrail à La Cambre et s’est perfectionnée auprès des restaurateurs de vitraux  à Chartres où elle avait découvert  sa passion pour « la transparence et la couleur du verre ».

Danieli a créé et réalisé 5 vitraux pour le chœur, trois visibles de face et deux sur les côtés (abstraits) et deux vitraux qui représentent Marie- Madeleine et Saint Joseph, soit 7 vitraux en tout qui datent des années soixante. Ces vitraux sont assez peu représentatifs de l’œuvre de Danieli pour ce qui est des couleurs, d’habitude plus vives.

Le sculpteur Camille COLRUYT

Camille Colruyt est l’auteur du Christ et de la Vierge en bronze doré de St-Adrien. Il est né à Lembeek, petit village flamand de la vallée de la Senne, en 1908. Issu d’une famille d’artisans, il commença son apprentissage à l’âge de seize ans chez l’orfèvre bruxellois Henri Holemans, tout en suivant des cours du soir à Saint-Luc, puis des cours de dessin et de sculpture auprès de Victor Rousseau à l’Académie des Beaux-Arts. A vingt-quatre ans, il s’installa dans son village natal comme  » sculpteur – orfèvre  »

Rapidement, ses pièces d’orfèvrerie, calices, ciboires, ostensoirs, richement ciselés, se répandirent dans le monde entier. Plusieurs, parmi les plus beaux, ont fait l’objet de cadeaux officiels à d’éminentes personnalités religieuses, notamment aux papes Pie XII et Paul VI.

La virtuosité technique de Camille Colruyt dans le travail du cuivre battu donna lieu à des exploits peu communs. Cette maîtrise presque infaillible de la matière lui permettra à la fin de sa vie de reconstituer les quatre principales statuettes de la châsse en argent de Sainte Gertrude de Nivelles. Un essai magistral qui renoue avec la tradition des orfèvres médiévaux que l’on croyait perdue à tout jamais.

Nb : A la croisée du transept de la cathédrale Saint-Michel, sur la colonne gauche : le Christ en ascension en cuivre battu est de lui.   A la basilique de Koekelberg, le crucifix de l’autel et également les chandeliers.

Autres

  • La lampe en métal argenté qui se trouve dans la chapelle des retables date de 1646, bien avant la construction actuelle. Elle fut offerte en l’honneur de Saint Adrien par l’empereur au chef du Serment des Arquebusiers, Antoine Meskens.
  • Un orgue électro-pneumatique (*) au buffet néoclassique d’Aloys Thunus occupe la tribune depuis 1959.
  • L’autel en forme de calice et l’ambon  ont été réalisés par les ateliers Slabbinck (Bruges) dans les années 1980 (cuivre martelé et verni).
  • La Vierge de Boondael (XVIIe siècle) est dans le choeur.
  • Les panneaux retables « Martyres de Saint- Adrien et de Saint-Christophe »  sont l’objet d’une explication séparée.

(*) la traction pneumatique est une technique, datant du début du XX ème siècle, permettant de transmettre les commandes de l’organiste aux soupapes qui commandent l’admission du vent dans les tuyaux sonores et donc la production du son – la traction électrique est un des types de transmission existant à l’heure actuelle.